Black Maroc

«Casanegra» (2008), film du réalisateur Nour Eddine Lakhmari, a été présenté les 17 et 19 février derniers dans le cadre du Festival genevois Black Movie. Cette «randonnée romantique», classée dans la catégorie «fauchés», a eu un énorme succès au Maroc.

Le contexte «post-printemps arabe» actuel et compte tenu des thématiques abordées dans le film (chômage des jeunes, misère et injustice sociale, inégalités…) nous amène à nous interroger sur les dynamiques qui ont créé le basculement dans l’action «révolutionnaire» et/ou «contestataire» dans les pays du monde arabe tels la Tunisie, l’Egypte, le Yemen, Bahreïn, actuellement en Syrie et dans une moindre mesure au Maroc.

Un film peut-il avoir une influence sur la société civile? Favorise-t-il une prise de conscience? Ces questionnements sont des objets d’étude en eux-même. Il n’est pas ici question d’en débattre, mais l’on se doit d’y réfléchir car le film entre véritablement en résonance avec l’actualité.
Dès les premières minutes, violence, chômage des jeunes, misère sociale sont présentés sans tabou ni pudeur. Des sujets plus sensibles comme le travestissement, la drogue, l’alcool sont traités avec un humour grinçant.

Les deux protagonistes, petits-malfrats des bas quartiers, évoluent dans une Casablanca sale, violente, pauvre. La «ville blanche» se mue donc en «Casanegra». Rêvant chacun d’un idéal, l’un d’une riche brocanteuse, l’autre d’un eldorado suédois, ils vivent, ressentent, subissent tant la ville que ses habitants. Ces derniers semblent parfois tout droit sortis d’un film de Kubrick, ce qui n’est pas des plus rassurant. L’aspect psychédélique d’un scénario à la «Orange Mécanique» fait toute la force de ce film qui s’émancipe ainsi des clichés en explorant des voies originales, en vue de dresser un tableau sombre comme un Toulouse-Lautrec.

Malgré cette ambiance, au premier abord très noire, le film est plus burlesque et romantique que dramatique. La musique adoucit des images difficilement supportables. Elle permet la fiction. Tout ceci contribue à la création d’une oeuvre peu réaliste mais au message social très fort. Si certaines longueurs sont à noter, la beauté de certains plans, le rythme soutenu et la spontanéité tant de l’image que du scénario, font de ce film un bijou du cinéma marocain actuel. Cette oeuvre a donc toutes les qualités requises pour séduire un public Genevois avide d’atmosphère sombre et dérangeante.

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